Dans mon premier article, j’ai démonté le mythe des pièces de 2 € fautées qui vaudraient une fortune. Mais tout n’est pas faux : une infime minorité de vraies erreurs de frappe ont bien une valeur. Voici comment les reconnaître — et surtout combien elles valent vraiment.
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Erreur d'usine ou pièce simplement abîmée ?
Première distinction, essentielle. Une pièce rayée, usée, tordue, percée ou martelée après coup n’est pas une pièce fautée : c’est une pièce abîmée. Et une pièce abîmée ne vaut absolument rien pour un collectionneur. Une vraie fautée, c’est une erreur survenue à la frappe, en usine.
Les vraies erreurs de frappe qui ont de la valeur
La frappe décentrée
Le motif est décalé, une partie de la pièce reste vierge. C’est l’une des erreurs les plus recherchées.
La double frappe décalée
Le dessin est dédoublé de façon très nette.
La frappe sur flan non conforme
La pièce est frappée sur le mauvais métal ou sur un flan destiné à une autre pièce.
La pièce monométallique
Une 1 € ou 2 € censée être bicolore, mais frappée dans un seul métal.
Le flan incomplet
Un morceau de la pièce manque, ou le flan a été découpé au bord de la plaque de métal.
Les erreurs de tranche
Tranche lisse au lieu d’être gravée, inscription en double, ou carrément la tranche d’un autre pays — comme la 2 € lituanienne de 2021 frappée avec une tranche lettone.
La règle d’or : une vraie 2 € fautée doit être la plus visible possible. Si l’erreur n’apparaît qu’à la loupe d’un spécialiste, elle ne rapporte en général rien du tout.
Combien vaut réellement une vraie 2 € fautée ?
Arrêtons les fantasmes et regardons des ventes réelles. D’abord, une règle simple : un prix demandé n’est pas un prix payé. N’importe qui peut afficher 100 000 € pour une pièce ; la vraie question est de savoir à combien elle s’est effectivement vendue — et si elle s’est vendue.
Quelques exemples de ventes réelles relevées chez un grand numismate français (CGB) :
L’ordre de grandeur d’une vraie 2 € fautée, c’est donc quelques centaines d’euros au maximum. Les rares prix au-dessus de 1 000 € concernent des pièces en centimes ou des essais d’atelier — jamais une 2 € frappée pour la circulation.
Et le marché est minuscule. Dans le catalogue « fautées » de ce même numismate, sur 272 objets, à peine une trentaine sont de vraies 2 € de circulation fautées. Le reste : des centimes, des essais, des flans vierges, des faux ou de simples commémoratives. Sur cinq ans, seules trois de ces vraies fautées ont été vendues aux enchères avec une date et un prix certains (2021, 2022, 2023) — toutes sous l’estimation. La meilleure, estimée à 1 200 €, est partie à 920 €.
Deux tests gratuits avant d'acheter ou de vendre
Test n°1 : le filtre « objets vendus » sur eBay
Ne regardez pas les annonces en cours, elles ne veulent rien dire. Activez le filtre « ventes terminées » ou « objets vendus » : vous verrez les transactions réellement conclues.
Pour les 2 € fautées, tout change : les pièces se vendent autour de 16, 24, au maximum une quarantaine d’euros, et il y a au moins dix fois plus de vendeurs que d’acheteurs.
Faites le même test avec un 20 francs Napoléon ou une 2 € Monaco : la différence de liquidité saute aux yeux.
Test n°2 : Google Trends
Tapez « 2 euros fautée » sur Google Trends : la courbe est plate.
Comparez avec « 20 francs Napoléon » ou « 2 euros Monaco » : là, la courbe est vivante. Quand une demande existe, Google la voit. Pour les 2 € fautées, il n’y a rien à voir — tout simplement parce qu’il y a beaucoup de vendeurs et presque aucun acheteur.
Mythe ou réalité ?
Les deux, mais dans des proportions très déséquilibrées. La pièce de 2 € au fond de votre porte-monnaie vaut 2 €, point — c’est vrai pour 99,99 % des pièces en circulation. Les vraies erreurs existent et ont une valeur, mais elle se compte en dizaines, exceptionnellement en centaines d’euros. Une 2 € fautée authentique peut être une très belle pièce de collection ; ce n’est pas un plan d’investissement. N’oubliez jamais : presque personne ne cherche à en acheter, et tout le monde cherche à vendre la sienne.
← Relire le premier article : on vous ment sur les 2 € fautées
Cet article accompagne ma dernière vidéo YouTube, à revoir ici. Si elle vous a été utile, abonnez-vous pour la prochaine capsule.